Résidence

Clément Bondu

23.09.2019 - 13.10.2019

Clément Bondu vient à la Villa La Brugère pour y travailler à l’écriture d’un roman intitulé Les étrangers.

Les étrangers est le récit de la vie d’Ismaël, raconté par Paul, Marianne et Ida, quelques années après sa disparition. Qu’est-ce qui passe, de l’homme vers le monde, et inversement ? Qu’est-ce qui a lieu dans le passage ? Réflexion sur le langage, le passé, et le pouvoir de l’imagination, Les étrangers met en scène quatre personnages dispersés entre l’Europe, Tanger et Buenos Aires. L’histoire se déroule sous nos yeux, dans une prose hallucinatoire déployée par ce quatuor fantomatique nous faisant perdre toute forme de repère entre témoignage, image et fiction. La réalité finira alors peut-être par se confondre avec la mer peinte sur une toile mystérieuse de Courbet, dans le couloir d’un musée abandonné…

Cet été-là, Paul commença à imaginer écrire un roman, un récit qui aurait pour centre Ismaël et retracerait les quelques semaines qu’il avait passées là-bas, dans la maison. Ça n’était rien de clair, plutôt une sensation diffuse, concernée, tout au plus un pressentiment. Paul dans son esprit appela très vite ce récit, ce roman (qui pour l’instant n’était pas même une seule ligne écrite sur une seule feuille blanche) L’inquiétude, un mot qui représentait alors pour lui, sans bien savoir pourquoi, une sorte de paysage à la fin de l’été dans le Sud de la France, un tableau de collines, de champs de maïs ou de tournesols, parfois même de mer et de vent, sur lequel la silhouette d’Ismaël, nettement, se détachait. Alors, cet été-là, peu à peu (et de plus en plus chaque jour) Ismaël se transforma pour Paul en quelque chose de semblable à un personnage de roman, une sorte de héros, avec toute la part de sympathie et de fascination que le terme impliquait, et comme on en trouve aujourd’hui davantage dans les salles de cinéma que dans les romans. Son nom même, le nom d’Ismaël, semblait à Paul parfois presque inventé par lui, comme s’il ne s’agissait pas là de son vieil ami perdu de vue au cours des années (et maintenant, pour ainsi dire, perdu et disparu pour de bon, comme Paul l’avait appris quelques semaines plus tôt) mais bien de quelqu’un d’autre, ou encore, non pas quelqu’un, mais, oui, une présence, quelque chose de vague et vaguement mystérieux, flottant, là, près de lui, auréolé d’un nimbe léger de légende et de gloire. Mais peut-être était-ce simplement la sensation du temps passé et des souvenirs qu’on garde avec soi. Oui, peut-être qu’en grandissant (vieillissant, même, comme Paul devait apprendre à le dire désormais), tous les événements passés, les lieux et les êtres de nos propres vies prenaient-ils peu à peu la forme et la consistance des mythes, aussi sacrés, aussi infinis et impénétrables pour nous à présent que le sont ceux des Grecs, des Aztèques, des Abyssiniens

(extrait de l’incipit )

Clément Bondu

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