Carte Blanche

Marcelline Delbecq

Revoir Hotel Monterey

17.12.2020

Un matin d’octobre 2015, j’ai appris comme beaucoup la disparition de Chantal Akerman en voyant la une de Libération. Cette nouvelle m’a immédiatement engourdie, engourdie parce qu’en choisissant de mettre fin à ses jours, elle nous privait radicalement d’elle. Nous ne pourrions plus rien voir d’autre que ce qu’elle nous avait déjà laissé, plus rien de cette femme, de sa voix, de ses fêlures, de ses images, de ce qu’en nous elle avait fait avancer au fil des années à travers ses films. Leurs corps, leurs lieux, leurs voix — impossibles à oublier.

Quelques semaines plus tard, au cours d’insomnies successives, j’ai écrit nuit après nuit sur Hotel Monterey, ce film découvert après deux années passées aux Etats-Unis et qui m’avait fait l’effet d’un “déjà-vu”. Écrire me permettait de comprendre à quel point le cinéma d’Akerman faisait partie de ma propre existence.

C’est également une nuit sans sommeil que j’ai enregistré pour la Villa La Brugère ce texte qui, en le relisant, m’a plongée dans une expérience de cinéma somnambulique comme il a opéré un retour en arrière dans ma propre jeunesse solitaire new-yorkaise et son marquage au fer blanc.

Enregistrer un texte qui se souvient d’un film d’Akerman c’est peut-être, aussi, prolonger les effets d’un tel cinéma sur nos imaginaires, sur nos vies.

Marcelline Delbecq, 2020

 

* Revoir Hotel Monterey a été publié dans le numéro 97 de la revue Trafic, P.O.L, au printemps 2016.

Images du film de Chantal Akerman © Fondation Chantal Akerman et Cinematek

 

Marcelline Delbecq

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